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    15. Venezuela : Los Roques
17 au 27 février 2008
 
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Apache au mouilllage à Los Roques
Traversée La Blanquilla - Los Roques : 120 M, 20h, 6N

Nous partons vers 17h de la Blanquilla pour 120 milles: ce sera une nav de nuit.

15 à 20 nœuds de vent arrière, vagues de 3 mètres: c'est plus calme que ces derniers jours où ça descendait rarement sous les 20 nœuds.

Nous levons l'ancre GV sortie: avec le vent dans le dos pendant toute la route, autant hisser la GV avant de partir!

Carte Trinidad - Curaçao


Mais moins d'une heure après, nous affalons la GV, qui perturbe trop le génois. Nous naviguons maintenant génois seul, avec 10 à 15 nœuds de vent arrière: ça nous rappelle une certaine transat!...

La nuit et les quarts se passent "normalement" : nous croisons 1 cargo et prenons 2 petits grains.

Vers 9h, nous doublons par le nord l'île de La Orchila, occupée par l'armée et interdite d'accès. Son phare, visible de loin, nous a servi de repère une bonne partie de la nuit.

A 11h, El Grand Roque est en vue : c'est l'île principale de l'archipel de Los Roques, la seule visible à plus d'une heure car assez élevée, d'où son nom.

A 12h30, nous ne sommes qu'à 30 minutes d'arriver dans la passe nord-est permettant de rentrer à l'intérieur de la barrière de corail... mais ne la voyons pas!

Là-dessus arrive un gros grain, qui nous oblige à ressortir les vestes de quarts pour la première fois depuis la transat, et surtout réduit la visibilité: impossible d'évaluer les distances et les profondeurs. Nous rentrons le génois.

15 minutes avant la passe, des séparations apparaissent entre les îles et les récifs : mais quelle est la bonne? Nous savons que notre logiciel de cartographie n'est pas fiable dans la région: à la Blanquilla, il positionnait notre mouillage à 150m à l'intérieur des terres!

Nous suivons pourtant la route indiquée, faute d'autre information... et nous apercevons soudain que nous allons droit sur un brisant! Nous dévions immédiatement de 90° vers le nord. Le grain est passé et nous sommes maintenant suffisamment proches pour identifier les îles. Après quelques allers-retours entre le cockpit et la table à carte, nous faisons demi-tour et trouvons enfin la fameuse passe nord-est!

Nous sommes maintenant dans l'archipel. Mais la tension ne baisse pas beaucoup : les cartes sont peu précises et les profondeurs faibles: Nous découvrons la navigation à vue, la couleur de l'eau donnant une indication sinon de la profondeur, du moins du type de fond : corail, algues, pierre ou sable! Mais dans cette partie de l'archipel, il n'y a pas de danger particulier et nous arrivons sans soucis jusqu'au mouillage devant Grand Roque.

Los Roques, nous voilà!


Los Roques : Grand Roque (17 au 20 février) - Contrastes - Tuyauterie - Heure des choix!

Contrastes
Grand Roque héberge le seul village de l'archipel. Un tout petit village où se côtoient habitants et touristes arrivés par avion (il y a 2 aérodromes sur l'archipel!), en pension pour le week-end ou la semaine dans les nombreuses "posadas". Il s'agit apparemment d'une destination très prisée par les Venezuéliens en mal d'authenticité et les fans de plongée.

Malgré le contraste éclatant entre les 2 niveaux de vie, la promiscuité entre posadas restaurées avec goût (essentiellement par des italiens), et maisons de pêcheurs délabrées, semble (au premier abord?) fonctionner. On se demande tout de même pour combien de temps encore... la grande majorité des habitants étant concentrée dans une partie du village un peu à l'écart...

Pas de rues pavées, il n'y a que du sable. Pas de voitures, pas d'affiches publicitaires, pas de néons etc... c'est très reposant. Cela plairait (plaira?) beaucoup aux amateurs de Lubéron et Toscane (qui se reconnaîtront...), avec la plongée sous-marine et l'eau turquoise en plus!

Pour les plaisanciers, les formalités d'entrée se font en 4 étapes, permettant d'ailleurs de visiter tout le village (à croire que c'est fait exprès!), et coûtent la bagatelle de 70 euros pour 5 personnes et un bateau de 42 pieds. Cette taxe permet de financer le fonctionnement du parc naturel que constitue l'archipel: en effet, on trouve ici, paraît-il, "98% des espèces coralliennes mondiales, plus de 90 espèces d'oiseaux, et une grande variété de plantes aquatiques et terrestres".

Dans le village se trouve un petit "supermercado" et quelques boutiques, plus ou moins bien achalandés selon que le vieux DC3 (pléonasme: où ailleurs voit-on encore voler ces avions?) approvisionnant l'île est passé récemment ou non.

En ce qui nous concerne, nous trouvons à peu près ce que nous cherchons. Il nous faut quand même bien fouiller dans les cartons pleins de fruits et légumes pourris pour en dénicher quelques-uns corrects!

Plusieurs boutiques font le change euros/bolivars à un taux équivalent à celui pratiqué à Margarita (6 bolivars pour un euro).


Nous avons la chance d'avoir depuis le mouillage une bonne connexion internet (le village disposant depuis peu de réseaux wifi ouverts), qui nous permet de mettre rapidement en ligne le carnet et les photos de notre semaine sur l'île de La Blanquilla.

Le mouillage est agréable, l'eau est très belle: entre l'école et les balades dans le village, nous nous baignons depuis le bateau, sous lequel nous voyons régulièrement un banc de jeunes barracudas peu farouches: il faut dire qu'ici, la chasse est interdite et ils n'ont pas grand chose à craindre des baigneurs.



Le village de Grand Roque vu du mouillage     


Nous découvrons la façon de pêcher des pélicans, plongeant tels des kamikazes en piqué sur les bancs de poissons.

C'est particulièrement impressionnant lorsqu'ils font cela en groupe de plusieurs dizaines, de façon coordonnée! Les derniers du groupe arrivent tout de même dans l'eau après les premiers, et on se demande s'ils ont une chance d'attraper quoi que ce soit!

Parfois, ils y vont avec apparemment si peu de conviction qu'on se demande si les pélicans locaux ne sont pas un peu fainéants et si ce n'est pas leur façon de se poser sans trop réfléchir!



"Banzaï!!!"                         


Bateau sous l'eau
Un matin au mouillage, notre attention est attirée par une agitation inhabituelle : un bateau hors-bord a coulé et des pêcheurs essayent de le traîner vers la terre avec leur "lancha". Nous les regardons, moteur hurlant, passer au ralenti 20 mètres devant nous... avant de réaliser qu'ils vont passer sur notre chaîne!

Nous crions, mais ils n'entendent rien avec le bruit de leur moteur!... Quand ils finissent par remarquer nos gesticulations, ils s'arrêtent mais un peu tard: les 2 moteurs du bateau traîné sur le fond sont pris dans la chaîne.

Une autre lancha vient aider la première. Elles parviennent à traîner le hors-bord de l'autre côté et dégager la chaîne. Viens alors un gros bateau de pêche, qui relaie plus efficacement les 2 lanchas: il tire le bateau vers le large, assez vite pour le faire décoller du fond et remonter à la surface, où quelqu'un parvient à le vider et apparemment supprimer la voie d'eau puisque tout ce petit monde finit après 1/2h par s'arrêter... et flotter!

Pendant ce temps, vérification du mouillage : par chance, l'ancre n'a pas bougé et la chaîne n'a pas été abîmée.

Tuyauterie internationale
Nous apprenons avec plaisir qu'il est possible de faire les pleins d'eau à l'usine de désalinisation, à l'extrémité ouest du village. Mais le service (gratuit) est minimum! Pas de quai : il faut amener le bateau à une bouée à 70m environ de la plage, puis soit bidonner et faire les allers-retours en annexe, soit se brancher directement avec un tuyau assez long.

Nous avons besoin de 600 litres d'eau et n'avons qu'un bidon de 20l et un tuyau de 25m... Nous choisissons la solution tuyau. Après avoir fait le tour des bateaux au mouillage puis raccordé tant bien que mal les 7 tuyaux ainsi obtenus, nous disposons de près de 90m de tuyau français-italien-monégasque-colombien: ça devrait marcher!

L'une des extrémités étant mise en place du côté du bateau, nous déroulons le tuyau en annexe jusqu'à la plage où sont les vraies difficultés : raccorder notre tuyau à celui de l'usine de désalinisation, puis pendant le remplissage se bagarrer avec les fuites des raccords, cette fois ceux du tuyau Venezuélien!

Démarrée à 11h par la recherche des tuyaux, l'opération se termine à 15h... la solution bidonnage en annexe aurait certainement été plus rapide et moins fatigante!


L'heure des choix

Nous rencontrons les Monégasques Jean-François, Martine et Christian sur leur bateau Odilon (en regardant dans le guide des drapeaux nationaux, nous avons d'abord cru qu'ils étaient Indonésiens!). Jean-François et Martine ont de nombreuses années de navigation derrière eux, notamment dans les Caraïbes et l'Atlantique nord. Ça tombe bien! Nous sommes (déjà!) en février: après 6 mois de voyage, c'est l'heure des choix pour la route du retour et nous avons besoin d'en discuter avec des voyageurs expérimentés.


Nous comptons avancer encore un peu à l'ouest jusqu'aux Antilles Néerlandaises (Bonaire, Curaçao, Aruba). Pour la suite, nous avons les possibilités suivantes:

Revenir suffisamment en arrière (Margarita), puis:
1. Soit remonter au nord vers les Iles Vierges,
2. Rejoindre Grenade et remonter tout l'Arc Antillais,
3. S'éloigner encore un peu et remonter au nord-ouest des Caraïbes, vers Cuba.


Options Caraïbes


La difficulté des 2 premières options est le retour en arrière du début: navigations au près, face au courant et avec des creux de 2 à 5 mètres : pas très confortable! La traversée au nord vers les Iles Vierges n'est à priori pas de tout repos non plus.
L'avantage est de pouvoir rejoindre rapidement une route "classique" en prévision de la transat retour. Mais ce ne sont pas des destinations qui nous enchantent, sans trop savoir pourquoi. Chacun ses rêves !

La troisième option, plus "authentique", a notre préférence: elle nous permettrait de visiter Cuba, un pays qui nous attire beaucoup,
Mais elle présente un double inconvénient: en nous éloignant de la route classique, elle nous impose de nombreux milles supplémentaires et une route retour vers la France plus au nord, et plus exposée : remontée de la Havane vers Les Bahamas, puis transat via les Bermudes.

Nous recherchons pour cette option un équipier expérimenté avec en particulier de bonnes connaissances météo, prêt à se serrer avec nous 2 ou 3 semaines entre mi-mai et mi-juin entre les Bermudes et les Acores.
Vous êtes intéressés ou connaissez quelqu'un de confiance? Contactez-nous!

Au fil de discussions très enrichissantes avec Odilon et d'autres voyageurs, nous penchons tour à tour pour l'une ou l'autre des options... difficile de trancher!

Nous nous donnons jusqu'à Curaçao, soit jusqu'au 8 mars, pour prendre une décision définitive.


Los Roques : Crasqui (20 au 22 février): Les yeux dans les bleus!

A nouveau quelques moments d'inquiétude sur le chemin puisqu'à l'approche de l'île, nous nous retrouvons parfois avec seulement 2,5m d'eau... alors que notre tirant d'eau (hauteur du bateau immergée) est de 2,10m!

Notre premier mouillage dans la partie "sauvage" de l'archipel est en face d'une longue plage de sable. Avec Odilon, là depuis la veille, nous ne sommes que 2 bateaux, à 300m l'un de l'autre!

Vers 11h, Odilon part pour une autre île, nous laissant profiter seuls du mouillage. C'est beau, c'est même très beau. Surtout dessus. Quoique dessous, avec les tortues, tout ça...


La plage de Crasqui                  


Nous prenons un goûter sur une minuscule "île déserte": en fait un banc de sable affleurant, à l'extrémité est de l'île de Crasqui.

Depuis quelques jours, Fleur commence à s'intéresser aux oiseaux et signale d'un "Aya!" tous les passages ou les plongeons des pélicans!

Elle prend (un peu trop à notre goût) confiance et commence à marcher dans le bateau sans se tenir... ce qui lui vaut bien sûr quelques jolies bosses!


Los Roques : Sarqui (22 au 25 février): Plein de Français - Et les enfants?

Toujours la même appréhension pendant l'approche. "Ces tâches sombres, devant, c'est plus ou moins profond?"

Nous retrouvons Odilon au mouillage.
Arrivent peu après Florent et Alexandra, jeune couple naviguant sur L'insouciant. Depuis l'île de Margarita, ils voyagent avec Odilon vers la Colombie.

Les 3 équipages se retrouvent le soir sur Odilon pour un excellent dîner. Au menu: bulots, espadon à la niçoise, mousse au chocolat maison, le tout accompagné de vin français... un régal!


Odilon et Apache au mouillage à Sarqui      


Plein de Français
Le lendemain, petit plaisir de capitaine de monocoque: nous sommes mouillés plus près de la plage qu'un cata français qui vient d'arriver! (pour Olivier Tch. ;-) : un cata, ça a souvent moins d'un mètre de tirant d'eau, et peut donc mouiller très près des plages, voire même s'échouer sur le sable).
Bon, allez, soyons honnêtes : il faut dire que la partie mouillable est assez petite et que nous étions déjà 3!

Arrive encore 1 voilier français! Nous sommes donc 5 bateaux français, et assimilé (pardon Odilon ;-)), dans ce petit mouillage du Venezuela!


Et les enfants?

Beaucoup de Français mais hélas pas d'autres enfants, au grand regret des nôtres, qui chaque fois, observent avec espoir les nouveaux arrivants!...

Nous payons probablement là notre choix initial d'éviter la route classique par les Antilles, où nous aurions à coup sûr navigué avec d'autres familles...

Mais ce manque de contacts avec d'autres enfants voyageurs, qui serait certainement très difficile à vivre pour un enfant unique, a des aspects très positifs chez les nôtres: ils jouent beaucoup plus ensemble qu'auparavant, développent leur imagination et leur créativité en fabriquant des jouets en papier, en carton, en coquillage... Et puis l'absence de compagnon de route favorise incontestablement le contact avec la population des pays visités. C'est ce contact dont nous avons envie pour nous comme pour nos enfants. C'est celui que nous avons eu dans l'archipel des Testigos et que nous espérons vivre encore, à Cuba par exemple.

Odilon et L'insouciant changent d'île. Nous préférons rester encore un peu. Les autres voiliers s'en vont aussi: les 2 jours suivants, nous profitons seuls du mouillage! Il faut dire qu'ici, aucun sentiment d'insécurité : panneau de descente ouvert la nuit, annexe dans l'eau... Nous nous sentons vraiment en vacances!

Un seul regret: nous avons vu Sarqui, mais pas Hutch! ;-)


Dos Mosquises (25 au 27 février): Tortues - Langoustes - Plongée

Sur la route pour Dos Mosquises, nous nous retrouvons au milieu d'un banc de sable. Le profondimètre nous affole: entre 2,2 et 2,5 mètres!!!

Pendant 5 minutes interminables, voiles rentrées, moteur au minimum, nous slalomons entre les patates de corail et finissons par en sortir! On a vraiment eu peur pour le bateau!


L'approche de Dos Mosquises, passant entre 2 récifs coralliens heureusement faciles à discerner, est aussi très impressionnante.

Nous mouillons en même temps qu'Odilon, qui nous a ouvert la route sur la fin.

L'insouciant, aperçu sur un autre mouillage, nous rejoindra plus tard dans la matinée.

Nous sommes à nouveau sur un très beau mouillage, devant une jolie plage et une superbe palette de couleurs dans un lagon tout proche.



L'île héberge le deuxième aérodrome de l'île (apparemment peu utilisé), quelques pêcheurs, un club de plongée, et un centre de recherche et de protection des tortues. Ils prennent les œufs qui ont trop de risques de ne pas arriver à maturité (trou mal rebouché ou autre), et relâchent les jeunes tortues alors âgées d'un an. Les enfants sont ravis de cette visite.

Le soir, nouveau repas sur Odilon avec L'insouciant: encore un délicieux repas!

Le lendemain midi, nous nous régalons de 3 belles langoustes achetées 60 bolivars (10 euros), soit ce qu'il nous reste et que nous voulons liquider avant de quitter le Venezuela.

La dernier jour, Florent, qui est moniteur de plongée, offre à Juliette son baptême, sur l'un des plus beaux sites de Los Roques! Elle revient enchantée de cette expérience: merci Florent pour ce super cadeau d'anniversaire en avance!

C'est ensuite moi qui aie droit à une belle sortie plongée, cette fois avec Jean-François et Christian. Merci pour ce bon moment!

Adieux à Odilon et L'Insouciant : nous quittons Dos Mosquises, Los Roques et le Venezuela le 27 février, après un mois passé dans les très belles îles de ce pays!

JP

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